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Dans le cadre de la Convention d’Éducation Prioritaire (CEP)

Mis en place en 2001, le programme CEP réunira pour sa 18e année plus de 100 lycées partenaires de Sces-Po.

Ils étaient sept la première année et treize en 2002 quand le lycée E. Delacroix a rejoint le dispositif.

 

1. La formation et l’équipe enseignante

 

Pour la 18 année, l'atelier Sces-Po s’ouvre aux élèves du lycée E. Delacroix qui souhaiteraient poursuivre leurs études à l’Institut d'Étude Politique de Paris (I.E.P) et plus largement donner plus de sens à leurs études futures.

Classé « zone sensible », notre lycée donne la possibilité à l'ensemble des terminales du lycée (général et technologique) de participer à l'Atelier et éventuellement d’intégrer Sces-Po par un examen spécifique.

Les élèves volontaires et motivés de ayant fait leur scolarité au lycée seront sélectionnés sur la base d’un dossier de presse. Ils soutiendront dans un premier temps leur travail devant un jury collégial au sein de l’établissement (mois de mars) puis dans un second temps devant un jury de Sces-Po (fin mai) associant professeurs des universités, représentants des entreprises et des administrations publiques.

L'Atelier du lycée comprend une trentaine de séances de 2 heures le mardi de 16h00 à 18h00 et des activités en dehors de l'établissement.

Les élèves de terminale inscrits bénéficieront d’une initiation à la lecture de la presse « papier » et en ligne (française et étrangère), d’une solide formation méthodologique et technique à la rédaction, à la réalisation d’un dossier de presse et à la pratique de l’oral (entretiens collectifs, individuels, autoscopie).

En dépit de la complexité des emplois du temps des élèves de première et de  seconde peuvent librement participer aux séances.

L’équipe qui a en charge l'Atelier demeure pluridisciplinaire au  service du lycée tout entier 


  • Anne-Lise Alexis (professeure documentaliste)
  • Max Sebastien (professeur d'anglais)
  • Magalie Destoc (professeure d'économie gestion)
  • Yazid Bouaza (professeur d'histoire et géographie)
  • Magalie Lucain (professeure d'anglais)
  • Fabrice Morel (professeur de SES -coordonnateur de l'Atelier)

 

 Les activités de l’équipe dans le cadre de l’interdisciplinarité et de la liberté pédagogique

L’ensemble représente environ 30 séances de 2 heures devant les élèves dont :

  • séance de présentation générale du projet à toutes les terminales,
  • leçons (cours magistraux) accompagnées d’un dossier pédagogique,
  • séances de travaux dirigés.,
  • séances de méthodologie à la rédaction de synthèses, au commentaire de documents iconographiques,
  • séances d’encadrement du travail des élèves,
  • séances d'entraînement à l'oral d'admissibilité,
  • séances d’entraînement à l’oral d’admission.

Mais aussi : 

  • Plus de 10 fiches méthodologiques.
  • Des dossiers d’actualité,
  • des rencontres avec des juristes, artistes,  journalistes, universitaires étudiants,
  • des partenariat :Centre Pompidou, Quai d'Orsay, Sotheby's, Archives diplomatiques, Centres National de la Danse (Pantin), Commission Européenne,
  • des sorties : Monet-Marmottant, Le Louvre, Guimet,...théâtre de Chaillot, Opéra Bastille,
  • Une réunion plénière à Sces-Po de coordination dans le cadre des CEP,
  • La remise individuelle et motivée des décisions d'admissibilité.
  • Suivi des anciens élèves de l'Atelier

2. Les moyens d’enseignement

La libération de 2 heures dans l'emploi du temps des élèves de terminale le mardi à 16h00 a permis à un nombre important d'élèves de participer à l'Atelier. Ce dernier attire chaque année en moyenne l'effectif d'une classe (de 23 à 35 élèves) sans compter quelques participants irréguliers d'autres niveaux.

L'existence de l'Atelier Sces-Po est bien perçue et prise en compte par les élèves du lycée comme en témoigne le nombre de postulants et celui des élèves relativement bien informés du contenu des activités et au-delà de l'existence de filières sélectives de l'enseignement supérieur. L'Atelier est ouvert individuellement à tout.e élève volontaire.

 3. Les motivations et objectifs

  • Démocratisation de l’accès aux études supérieures sélectives.

Les conventions d’éducation prioritaire (CEP) constituent toujours une initiative courageuse et généreuse contre la reproduction des élites et tendent à insuffler une dynamique positive dans notre établissement. Cette « action positive » donne à nos élèves une ambition scolaire et une chance supplémentaire d’orientation mais elle ne retire rien aux autres. En cela, elle n’est pas synonyme de « discrimination positive », expression trop souvent caricaturée qui traduit une démarche arbitraire et la mise en place de quotas. En effet, Il n’existe dans notre pratique aucun critère de sélection pour participer à l'Atelier qu’il soit social, académique (résultats antérieurs, dossiers scolaires, filière de l’élève…), la seule condition étant l’inscription au lycée dans le cadre du cycle 2de, 1ère, terminale et le respect par les élèves des exigences des activités de l'Atelier.

  • En faveur d'une école moins complice.

Nos élèves, par leur environnement social et culturel, ne connaissent pas les codes pour préparer les examens, concours et les oraux d’entrée dans les filières les plus sélectives, leurs ambitions restent souvent trop modestes, timorées par rapport à leur potentiel et s’expriment par une très forte autocensure.

Ce projet est un geste fort pour l’égalité des chances et contre la conception libérale de l’école et la légitimation des inégalités naturelles sous couvert de méritocratie. Ainsi, rend-il peut-être un peu plus lisible les codes d’accès vers les filières sélectives permettant de rehausser les ambitions de nos élèves ? Peut-être dévoile-t-il ce que Pierre Bourdieu appelait la « violence symbolique », laquelle touche nos élèves dès leur entrée dans le système scolaire et plus encore à l’université ?

 

L'origine des élèves, leur parcours 


Le parcours des parents

115 sont nés en France, 13 n’ont pas donné l’information. Les 34 élèves nés à l’étranger viennent de 18 pays différents : 4 de la République démocratique du Congo, 4 du Sénégal, 1 de chacun des 16 autres pays. 

 Sur les 153 élèves, 22 ont leurs deux parents français, 32 sont issus d'un couple mixte, les parents de 101 d'entre eux viennent du même. Les parents viennent de 34 pays différents. On ne dénombre qu 38 couples arrivé en France en même temps.
 
Arrivées en France des parents
Arrivée en France Père Mère
Années 50 3 5
Années 60 8 5
Années 70 19 15
Années 80 22 21
Années 90 13 16
Années 00 8 12
Toujours au pays 1 1
Non renseigné 57 47
 
On peut interpréter le fort taux de non réponse de trois manières différentes :
l'absence d'un des parents (17 élèves n'ont plus de contact avec un de leur parent -décès, abandon,...-)
une certaine méconnaissance du parcours des parents ou l'origine française de l'un d'eux (19 élèves ont un parent français, 22 deux parents).
 

Le milieu social

Les parents de ces élèves travaillent dans différents secteurs d'activité.

26 élèves ont un au moins un parent sans activité professionnelle. Sont dénombrées parmi les activités non professionnelles :

  • femme au foyer (22)
  • chômage et RSA (10)
  • Retraite (14)
  • Invalidité (2)
  • En formation (2)

La répartition par statut est la suivante :

  Père Mère
1 parent cadre 13
2 parents cadres  2
Chef d'entreprise 12  
Ouvrier 8 2
Employé 22 28
Fonctionnaire 9 9
Plusieurs emplois 6 2
Sans emploi 30 42
 
Lecture : 13 élèves ont un parent qui a le statut de cadre , 2 ont leurs deux parents cadres. 22 élèves ont leur père employé et 28 leur mère.
 
 
La Famille
Une grande majorité des élèves (100 sur 144 renseignés) vivent dans une famille dite "classique"ou nucléaire donc avec ses deux parents.17 n'ont qu'un seul parent (décès, vivant dans un pays étranger ou sans contact).
 
Il y a 103 fratries de plus de deux enfants sur les 142 élèves ayant répondu (taux de fécondité à 1.88 en 2017)
 
Nombre d'enfants dans le foyer  Enfant 
 unique  
    2         3         4         5         6         7         8         9     Non
renseigné
Nombre d'élèves 15 24 44 31

9 7 2 1 11
 
 
  • Insuffler une dynamique de plus dans l’établissement le rendant davantage attractif pour les familles (limitation des stratégies d'évitement scolaire et maintien de la mixité sociale). De plus, la stabilité des équipes enseignantes s’en trouve renforcée ; l’interdisciplinarité et la liberté pédagogique permettent d’enrichir nos approches, nos pratiques professionnelles.
  • Si le travail scolaire et la préparation au baccalauréat constituent la priorité, on peut attendre des élèves la recherche de l’excellence par une assiduité sans faille et une grande rigueur, ce qui à terme permet d’envisager une amélioration des taux de réussite au baccalauréat : examen au premier tour pour les admissible, mention pour la majorité, progrès sensibles pour tous les candidats (y compris les non admissibles), ambition rehaussées en matière d'orientation. Dans le même temps, l'Atelier tend à rétablir le principe de réalité, généralement difficile à faire admettre aux élèves, celui de l’écart entre les efforts qu’ils fournissent et les exigences des études supérieures.
  • Renforcer la qualité d’écoute des élèves en créant un climat propice au travail qui profitera indirectement à l’ensemble de la classe. Offrir un lieu privilégié d’apprentissage et d’épanouissement intellectuel : « effort et loisir d’apprendre ». La motivation des élèves, l'autonomie dans le travail qu'ils ont à assumer ont contribué à créer une vraie solidarité, une émulation entre les candidats et des relations très constructives entre les élèves et les adultes qui les encadrent. Cette expérience contribue aussi à la constitution de têtes de classe en terminale ce dont profiteront nécessairement les élèves en difficultés. Lors des sessions passées, les candidats à l’admission ont acquis un statut particulier et valorisant au sein de leur classe.

Les résultats sont modestes si l’on raisonne en finalité mais l’objectif de l'Atelier dépasse ce cadre restreint pour s’inscrire dans une rationalité en valeur ce qui constitue un axe principal de la philosophie du projet.

 

4. Les résultats

Ces commentaires résultent des observations réalisées depuis que "l'Atelier" fonctionne (17ème année) et des entretiens que nous réalisons dans le cadre de la préparation des élèves.

Depuis 2002, l'Atelier Sces-Po a accueilli en début d'année un effectif moyen de 24 élèves. Par conséquent, environ 430 élèves de terminale ont été concernés par le dispositif ce qui représente en moyenne annuelle un peu moins de 10% des effectifs de terminales du lycée général et technologique.
Le nom de ceux qui se sont véritablement confrontés aux exigences de cette formation correspond pour une année moyenne à une douzaine d'élèves qui ont persévéré jusqu'à la phase de rédaction du dossier d'actualité (janvier).
La moitié d'entre eux, soit 207 élèves au total ont pu mener le dossier à son terme et se présenter devant le jury d'admissibilité du lycée.
Des élèves en difficulté, au niveau scolaire très juste, voire en disgrâce avec l'institution scolaire, ont pu reprendre confiance et améliorer leurs résultats, et pour certains, retrouver une motivation. Au final, admissibles ou pas, ils ont décroché le baccalauréat. La plupart a obtenu une mention.

Sur une période (2002-2019), un peu plus de la moitié des candidats ont été déclarés admissibles (taux de sélection moyen des admissibles s'établissant à 55,2%).
Il leur a été possible de se présenter à l'oral d'admission de Sces-Po et 33% des admissibles ont été admis soit 36 admis depuis 2002, 20%  des candidats de début d'année.
Aujourd'hui, les plus anciens élèves sont diplômés, d'autres poursuivent avec succès leurs études à Sces-Po et au-delà (École Nationale de la Magistrature, Certificat d'Aptitude à la Profession d'Avocat) et 4 élèves, pourtant admis, ont fait le choix pour d'autres filières sélectives (CPGE, médecine).

Bilan "Atelier Sces-Po" du lycée Delacroix  

 

Années

Candidat(e)s

 

 Effectif                Filles - Garçons   

Admissibles

 

 Effectif               Filles - Garçons   

Admis(es)

 

 Effectif            Filles - Garçons   

2002

14

10 -4

4

3 -1

1

1 - 0

2003

6

5 - 1

4

4 - 0

0

0 - 0

2004

8

6 - 2

4

4 - 0

2

2 - 0

2005

4

2 - 2

2

1 - 1

1

0 - 1

2006

8

6 - 2

6

4 - 2

3

2 – 1

2007

15

10 - 5

7

4 - 3

3

3 - 0

2008

11

8 - 3

6

4 - 2

4

2 - 2

2009

12

5 - 7

8

4 - 4

3

2 - 1

2010

15

8 - 7

8

6 - 2

4

3 - 1

2011

15

10 - 5

8

6 - 2

4

4 - 0

2012

14

10 - 4

8

5 - 3

1

1 - 0

2013

12

8 - 4

7

4 - 3

 4

 3 -1

2014

20

10 - 10

5

5 - 0

3

3 - 0

2015 

14 

11 - 3 

 9

8 - 1 

1 - 0 

2016

14

9 - 5

9

5 - 4

1

0 -1

2017

12

5 - 7

7

5 - 2

0

0 - 0

2018

15 11 - 4 8 5 - 3 1 1 - 0

2019

8 5 - 3 5 4 - 1 (1)  

Total

207

139 - 68

115

81 - 34

36

28 - 8

% de filles

 

62 %

 

70%

 

78%

(1) Résultats 2019 non connus 

 

L'ensemble des  filières générales et technologiques du lycée sont représentées avec une prédominance des filières ES parmi les candidat.e.s soit 53% contre 19% pour les L et 21% pour les S.
La filière ES connaît le taux de réussite le plus élevé avec 48% des admis contre 22% pour les S et 22% pour les L. La filière STG demeure plus discrète avec 8% des candidats, au final 8% des admis.
Il convient de souligner le succès de trois élèves de STG du lycée, dont deux titulaires d'un BEP (admises en 2006 et 2011) montrant que la sélection finale porte sur les capacités, la motivation des candidats et non exclusivement sur l'appartenance à une filière. S'il y a peu d'élus en STMG et en ST2S, ces candidats réalisent tous de bonnes prestation à l'oral d'admissibilité en dépit d'un parcours scolaire à visées moins généralistes.

2002 -2019 ES L S STG Total
Candidat.e.s  107 (53%)  42 (19%)  43 (21%)  15 (8%)  207
Admissibles 55 (48%) 25 (21%) 28 (25%) 7 (6%)  115
Admis.e.s  17 (48%) 8 (22%) 8 (22%) 3 (8%) 36

 

Enfin , ces résultats corroborent les statistiques plus générales concernant le succès scolaire des filles qui représente 78% des admis sur la période 2002-2019.

Le projet semble aujourd'hui connu des élèves (de la seconde à la terminale), son existence est signalée dans les collèges alentour.

Ainsi, l'équipe a pu récolter des indices pouvant mettre en évidence différentes stratégies scolaires en rapport avec « l'atelier Sces-Po » :

  • celles qui accroissent l'attractivité du lycée ce qui concerne les élèves les mieux dotés en "capital".
  • celles qui font renoncer certaines familles à appliquer une stratégie d'évitement du lycée Delacroix initialement prévue, elle concerne des élèves de milieux souvent modeste pour lesquels l'école représente une chance importante de mobilité sociale.
  • celles des élèves qui renforcent leur ambition scolaire et mettent un frein à l'autocensure : les filières sélectives sont plus attractives, leur implication volontaire permet de concrétiser ces choix (perspective d'études plus longues et sélectives à l'image de CPGE ;  c'est en quelque sorte une « nouvelle carrière » qui se met en place).

 

 5. Une fois étudiant(e) à l’I.E.P.

Le taux de sélection national moyen des élèves admissibles issus des conventions est de 13 %.
Les élèves admis à Sces-Po dans le cadre du dispositif C.E.P s’intègrent pleinement dans ce nouvel environnement social et culturel même si le passage de la frontière socio-culturelle demeure complexe et parfois difficile..

D’une part, Sces-Po a mis en place des séances de remise à niveau en début d’année et assure un suivi très régulier de ces  étudiants (système de tutorat) pour faciliter l’insertion des nouveaux étudiants quel que soit d’ailleurs le mode d'admission. « L'atelier » entretient aussi un partenariat avec l'association « Ambition campus » sise à Sces-Po qui offre un appui aux candidats et aux admis.

D’autre part, plus des trois quart d’entre eux bénéficient d’un bourse d’étude supérieure qui couvre les frais de scolarité et de logement.

 

Enfin, au delà du déracinement que constitue le saut vers les études supérieures, de l’anonymat des grandes structures, ces nouveaux étudiants réagissent positivement aux difficultés humaines et scolaires qui se présentent à eux. Les étudiants issus des conventions s'orientent en 4ème année vers l'ensemble des masters proposés sans aucune autocensure (une majorité opte pour la filière « Finance et stratégies », d'autres se dirigent vers les « Affaires publiques » etc.).
En effet, leurs taux de réussite sont tout à fait comparables à ceux des étudiants entrés par la voie classique et ils obtiennent d’excellents résultats. Les élèves des premières promotions ont terminé leur cursus à Sces-Po, ils se sont insérés sans difficulté sur le marché du travail. La plupart ont rejoint le secteur privé, d’autres se préparent aux concours de la haute fonction publique. Il faut donc noter le caractère indifférencié de leur insertion sur le marché du travail par rapport aux élèves entrés au moyen d'autres procédures.